Atlético de Madrid : le bilan contrasté d’Antoine Griezmann

Après cinq saisons passées du côté de l’Atlético de Madrid, Antoine Griezmann entamera une nouvelle aventure. Quelle trace a laissée Grizi chez les Colchoneros ?

Le 31 juillet 2014, un jeune Antoine Griezmann était présenté, tout sourire, devant presque 10.000 supporters colchoneros qui s’étaient rassemblés au Vicente Calderon pour souhaiter la bienvenue à leur nouvelle recrue. A l’époque, les Rojiblancos venaient de perdre le duo qui avait été si important dans l’obtention du titre de Liga – Diego Costa et David Villa – et le natif de Mâcon avait de lourdes responsabilités sur ses épaules. S’il était un joueur qui avait déjà fait ses preuves en Liga avec la Real Sociedad, il était encore loin d’avoir ce statut de star, et les 30 millions d’euros déboursés par l’Atlético représentaient donc un sacré pactole…

D’autant plus que le début de son aventure colchonera n’a pas été un long fleuve tranquille, loin de là. Habitué à jouer dans un registre plutôt offensif à la Real Sociedad, où il formait un sacré duo avec Carlos Vela, le Français a vécu une première partie de saison en demi-teinte. Jusqu’à ce déplacement à San Mamés le 21 décembre, où il parviendra à inscrire un triplé dans la victoire de son équipe face à l’Athletic (4-1). Le déclic pour lui. La suite, tout le monde la connaît : une montée en puissance considérable au fur et à mesure que les années passaient et un rôle de leader offensif colchonero incontestable.

À la fois loin et proche de la table de Messi et Cristiano Ronaldo…

Parce qu’au-delà des statistiques – qui sont par ailleurs brillantes puisqu’il est le cinquième meilleur buteur de l’histoire du club avec 133 réalisations en 256 matchs – Griezmann est surtout devenu le maître à jouer de l’Atlético, surtout après le départ d’Arda Turan vers le Barça une saison après l’arrivée de Grizi. Très à l’aise entre les lignes, il a complètement troqué son rôle d’ailier dribbleur et provocateur pour celui de meneur de jeu en retrait, étant capable de créer du jeu et de combiner avec les joueurs l’entourant, tout en étant également à la finition des actions. En témoignent ses 50 passes décisives. Un double rôle dans lequel il a brillé, et ce alors qu’il n’a jamais eu d’accompagnant de garanties à ses côtés devant. Jackson Martinez et Luciano Vietto ont déçu, Mario Mandzukic n’a pas forcément été à son meilleur niveau à Madrid, Diego Costa a été miné par les blessures à son retour, Fernando Torres n’y était plus physiquement… Alvaro Morata est peut-être le seul qui a été au niveau directement, mais alors que l’entente entre les deux hommes semblait prometteuse, le Français a plié bagages.

C’est donc un Griezmann souvent très esseulé face aux défenses rivales qu’on a vu, ce qui lui a probablement permis de s’améliorer dans plusieurs domaines : la vision du jeu, la conservation du ballon ou encore les appels dans le dos des défenseurs. Un joueur complet qui a su s’adapter à merveille aux attentes de Diego Simeone. S’il a été l’une des rares recrues offensives à s’imposer dans l’ère du Cholo, c’est parce qu’il a toujours été prêt à se sacrifier et a toujours vu le travail défensif comme un élément essentiel pour progresser individuellement et en équipe plutôt que comme une tâche ingrate. C’est surtout là qu’existe la différence entre le Français et plusieurs des attaquants ci-dessus, auxquels on peut rajouter des joueurs comme Nico Gaitan, Alessio Cerci ou même Thomas Lemar et Gelson Martins bien que ces deux derniers ont encore le bénéfice du doute.

Il s’est clairement imposé comme la troisième meilleure individualité du championnat espagnol pendant l’ère Messi-CR7, dans un contexte bien moins favorable que les deux ogres. N’ayons pas peur des mots, il a souvent porté l’Atlético, marquant plusieurs fois le seul but de la rencontre, dans une équipe dont l’animation offensive a souvent été assez morne. Antoine Griezmann n’est évidemment pas un joueur du talent du Portugais ou de l’Argentin, mais il a su compenser par divers moyens. En Espagne, on apprécie par exemple beaucoup son sacrifice sur le terrain, ainsi que son attitude, lui qui proteste très rarement les décisions des arbitres et n’est pas coutumier des gestes d’humeur. Un joueur globalement apprécié par les fans dits neutres, qui en ont fait leur alternative au duopole madrilo-barcelonais.

Griezmann n’est jamais vraiment entré dans le cœur des Colchoneros

Antoine Griezmann a aussi été un élément fédérateur dans une équipe qui a, peu à peu, perdu ses symboles : de Raul Garcia à Gabi en passant par Fernando Torres. Il s’est très vite rapproché des cadres comme Diego Godín – l’Uruguayen est d’ailleurs le parrain de sa fille ! – comme il a su intégrer les nouveaux arrivants et les jeunes pousses. Pourtant, le Français n’a jamais vraiment été considéré comme une idole du côté du Manzanares ou du nord-est de la capitale. Conscients du niveau incroyable affiché par leur numéro 7, les supporters de l’Atlético ont cependant toujours eu une certaine méfiance à son égard. Le champion du monde 2018 a toujours été irréprochable sur le terrain, mais ses déclarations et celles de ses proches sur son avenir ont souvent énervé les fans, comme s’il n’était pas engagé à 100% avec l’Atlético.

Le célèbre documentaire de l’été dernier, ses escapades pour voir la NBA alors que son équipe jouait et son omniprésence auprès des sponsors et des marques ont bien agacé les supporters, là où les cadres de l’Atlético sont habituellement très discrets en dehors des terrains. On peut affirmer sans aucun doute qu’il sera bien moins regretté que Diego Godin ou Juanfran, eux aussi partants, et qu’un départ d’un joueur comme Koke fera couler bien plus de larmes sur les joues des Colchoneros que celui de Grizi. Aussi paradoxal que cela puisse paraître au vu de ses performances, jamais Antoine Griezmann n’a semblé aimer l’Atlético, ni comprendre la philosophie du club dans lequel il a évolué pendant cinq ans.

S’il a été un atout marketing puissant qui a permis à l’Atlético d’attirer de nouveaux (jeunes) fans à travers le monde – et donc aussi de générer des revenus supplémentaires – les “vieux de la vieille” n’ont jamais été vraiment séduits par le Français. Parfois à cause de ses erreurs de communication, mais aussi parce que, à ses dépens, il a représenté cet Atlético nouveau riche qui a pris une direction que les supporters de longue date n’apprécient clairement pas, avec ce changement d’écusson, de stade, et une direction plus que contestée. Il faut aussi signaler que le retour au premier plan du club avait commencé bien avant son arrivée, à l’image de cette Europa League gagnée en 2012 ou de ce titre de Liga en 2013/2014. Dans l’imaginaire collectif colchonero, il n’est donc pas à la table des Godin, Tiago, Gabi, Koke et compagnie qui ont remis le club dans la bonne direction. Une perte importante sur le plan sportif, Diego Simeone ne prétendra pas le contraire, mais qui ne brisera a priori pas le cœur des Rojiblancos…

FOOTMERCATO

Jonathan Charles

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